La personne et puis Les textes et puis Le renard et puis Les autres







samedi 21 novembre 2015

Off

J'ai vingt-deux ans et du plomb dans la poitrine.

vendredi 20 novembre 2015

Deuxième séance

"Mes meilleurs jours sont ceux où je suis de mauvaise humeur." Je venais de me rendre compte de la tristesse absolue des mots que je venais de prononcer, assise sur le fauteuil. "Parce qu'il y a une humeur, tout court ?" Yep. Je me serrais les mains comme pour en dégager une moiteur imaginaire, et je maîtrisais mal la fuite de mon regard, d'habitude si brutal, direct et tranchant. Je ne suis pas habituée à payer pour être vulnérable. Je lui ai dit ça ensuite. Pour la toute première fois peut-être j'ai fait preuve d'un bon timing. C'est qu'il faut avoir du flair, pour entamer une thérapie la veille d'un massacre.

Je me souviens de ce moment où j'ai vu les lumières s'éteindre partout autour de moi, où j'ai entendu les portes des huit étages de mon immeuble claquer d'un seul mouvement, et tous les volets sur la rue se baisser dans un vacarme terrible et homogène, comme s'ils se jetaient à terre. Je me suis éloignée de la fenêtre, je me suis roulée en boule dans mon lit, et les yeux grand ouverts presque épinglés sur mon visage, j'ai attendu.

vendredi 13 novembre 2015

Le premier jour

Je suis allée voir une psy aujourd'hui. Je ne sais pas encore très bien comment je me sens. Je crois que je sens quelque chose. Dans mon état, c'est déjà beaucoup. Je suis allée voir une psy et c'est peut-être la chose la plus difficile qu'il m'ait été donné de faire de toute ma vie.
Je cherche encore le déclencheur. Les mots horribles de ma mère ou l'agression dans le métro ou ma paire de ciseaux de cuisine ou les hormones ou les études ou rien d'autre, finalement, qu'un matin d'inertie de trop, de vide sidéral dans l'espace de mon lit. J'ai voulu lui expliquer le vide, mais j'ai pas réussi. C'est blanc, dans ma tête, comme certains se figurent le paradis. Blanc et plein de rien, sans avoir le temps d'être froid, sans vent, sans nuance, sans mouvement, sans rien. Je ne sais pas encore comment raconter comment je me sens quand je ne ressens rien. 

du reste de ta vie


J'ai quitté Fanny et Claire en bas de chez moi avec un rictus découragé thermocollé sur le visage. Il s'est gondolé au premier coin de rue. Même à ce moment-là, je n'étais pas encore sûre de réussir à y aller. En retirant le coût de la consultation au distributeur, j'ai vaguement caressé l'idée de claquer les 70 euros en rouge à lèvres, frites du McDo et packs de Leffe triple. J'avais oublié comment il m'arrivait parfois de devoir porter mes propres jambes vers un lieu que ma tête fuyait au galop, en forçant les pédales comme si elles s'acharnaient vers l'arrière. J'ai eu mal aux jambes, j'avais oublié. Tout le reste m'était familier.
Les tremblements, familiers. C'est ceux qui me prennent quand je me sens en danger, que je me souviens de l'avoir été ou que j'en imagine la perspective. Ils m'infantilisent beaucoup parce qu'ils me ramènent loin. J'ai dix ans quand je tremble, comme dans le métro, la semaine dernière. Je suis le Grand Est et le froid ne me fait rien. C'est la peur qui me congèle. 
Les vertiges, familiers. Je suis sujette au malaise vagal et je connais bien les symptômes qui le précèdent. Le fourmillement de pensées rapides et inquiètes dans la tête qui tourne et tourne et tourne et les bras qui s'engourdissent jusqu'à ne plus pouvoir bouger, les os des jambes prêts à craquer sous le poids de l'angoisse, la gorge sèche qui bloque la respiration, la vue qui se brouille comme la neige sur une vieille télé. J'ai cru que j'allais m'effondrer dans la rue.
 

Sur le chemin, je repense à cette journée que j'ai tenté de dormir jusqu'à l'oubli. Je "dors" les choses pour les faire taire. Je dors mes angoisses, je dors mon ennui, je l'assomme avec une sieste de quatre heures et je le reporte au lendemain. J'ai la chance dans mon malheur de ne pas savoir ce qu'est une insomnie, et le malheur dans cette chance de dormir mes contrariétés à tout va. Personne n'a envie de vivre avec la bouche pâteuse. Je me dis pourtant à chaque fois que tous mes cauchemars valent mieux que l'insoutenable vide qui m'attend au réveil, dans la pure arnaque qu'est mon état de conscience. Tout était bien trop lourd, mes bras et jambes les premiers, pour sortir de mon lit. Je me suis rendormie deux fois. J'avais beaucoup de secondes à faire passer jusqu'à dix-huit heures.

 

Tu peux exploser aujourd'hui


J'ai tenu dix secondes dans ce fauteuil avant de fondre en larmes. Peu m'importe bien qui j'incommoderai à partir d'aujourd'hui. J'ai essayé de parler des passions perdues et des flammes agonisantes. De cette année en jogging et baskets, sans mots interminablement crachés sur mon clavier pendant la nuit, sans avoir eu la force de jouer dans la neige pour Noël. De ces longs moments à délaisser sciemment les choses qui m'animaient pour me punir d'un crime dont je ne me souviens pas. De l'inertie comblée sans qu'il m'en reste de souvenir autre que celui de mes ciseaux entre les mains. Je ne me souviens plus d'être allée les chercher dans le placard de ma salle de bains. La gorge serrée, j'ai décidé d'entamer un travail que j'ai reporté trop longtemps. Je vais essayer d'être fière. Je ne me souviens pas de m'être sentie un jour plus vulnérable, et pourtant...
Pas une minute, pas une seconde de plus où je continuerai à me priver des choses que j'aime. Je me forcerai à me rappeler, parce que mes mains sont lourdes mais qu'elles écrivent encore.


jeudi 19 juin 2014

J-1

I know a girl
She puts the color inside of my world
But she's just like a maze
Where all of the walls all continually change
And I've done all I can
To stand on her steps with my heart in my hands
Now I'm starting to see
Maybe it's got nothing to do with me

Fathers, be good to your daughters
Daughters will love like you do
Girls become lovers who turn into mothers
So mothers, be good to your daughters too

Oh, you see that skin?
It's the same she's been standing in
Since the day she saw him walking away
Now she's left
Cleaning up the mess he made

mercredi 23 avril 2014

mardi 22 avril 2014

Une histoire de sens

Il serait temps que je m'avoue que je suis en pleine crise existentielle. J'ai longtemps cherché le problème avec moi. C'est pas de la déprime, c'est pas un manque de motivation, c'est une terrible et laborieuse quête de sens. Je ne sais pas ce que je fais, pourquoi je le fais, je ne sais pas ce que je veux. Et puisque rien n'a de sens, plutôt que de tourner en rond, je ne fais rien.

Do you know who you are?  
Do you know what's happened to you?  
Do you want to live this way?

(Grey's Anatomy 10x17)

vendredi 21 mars 2014

Long live the car crash hearts

C'était l'anniversaire de mon père hier. Ou avant-hier, je ne sais pas. C'est très Camus tout ça : c'est l'histoire d'un étranger, c'est un peu la mienne aussi. Je m'en suis aperçue cet après-midi, en remplissant un formulaire de situation familiale. Il ne doit même pas l'avoir remarqué lui-même, là où il est, je ne sais même plus vraiment, et je m'en fous. Je sais que j'ai mal, mais je ne sens rien.

dimanche 16 mars 2014

Not here to please you

J'ai toujours eu un grave problème avec l'autorité : je la pratique aussi illégitimement que je refuse farouchement de m'y soumettre. J'aime bien le dernier mot, j'ai souvent l'impression qu'il m'appartient. Je n'ai finalement pas un esprit de contradiction systématique, mais vous auriez tort de vous trouver sur mon chemin lorsque je suis certaine d'avoir raison.
    Pour des raisons évidentes, ma psychologie de comptoir me laisse penser que ça remonte à mon rejet beaucoup trop précoce de toute espèce d'autorité parentale. De l'un, pour ma propre survie, avec les dégâts qu'on connaît, de l'une, par déception je crois, devant le manque de courage qui aurait pu forcer mon respect. Il me semble que je ne plie que devant ce que j'admire.

*
Une conséquence logique aura été mon souverain mépris de la validation des autres dans quelque domaine que ce soit : absence totale de scrupules à insulter mon père, même à dix ans, même devant toute ma famille, indifférence crasse à toute peer pressure à l'école (je vous ai déjà dit que je n'ai jamais fumé quoi que ce soit de ma vie ?), déception de mes profs de prépa quand leurs tentatives de semer la terreur en moi retombaient comme un ratage pâtissier à Topchef, ricanement provocateur quand Facebook s'offusque de me voir liker la fanpage de Tragédie. Ça fait mal à votre élitisme ? C'est encore mieux.
C'est plutôt amusant quand j'admets volontiers l'être beaucoup parfois quand je trouve ça arbitrairement légitime. Le gros problème des gens comme moi, c'est qu'ils sont secrètement enchaînés à la validation la plus tyrannique qui soit : la leur. Et qu'en toute schizophrénie, ils réussissent à vous faire croire qu'ils font strictement ce qu'ils veulent. Demandez à la voix dans leur tête, vous seriez surpris.
Ce genre de mentalité pousse violemment au féminisme, accru par les récits, les idiots, les transports en commun, décuplé par mon quotidien de fille de la vingtaine qui vit à Paris et déteste porter des pantalons. Je n'ai pas grand-chose à y ajouter, d'ailleurs, pas à y compiler des témoignages, qui sont les mêmes que tous les autres et me lassent autant qu'ils alimentent une haine sourde dont j'ai peur qu'elle explose un jour et moi avec elle. Au nom de tout ça, je décide de vous épargner. Mais je note quand même pour mémoire cette anecdote que j'ai déjà racontée ailleurs mais dont j'aimerais me rappeler comme du jour où j'ai répondu, où j'ai peut-être fait pour la première fois de ma vie bon usage de la hargne que j'accumule avec les années. J'aurais beaucoup à raconter mais je n'évoquerai que cette fois-là.

Il y a deux ou trois semaines, je sais plus trop, je marchais vers la fac, de mon habituelle humeur de rottweiler, piquée par ailleurs par la très mauvaise journée qui m'attendait. Ma tenue ne devrait pas importer, mais la voici quand même : une robe t-shirt noire en coton à manches trois quart, sans décolleté, très courte. Ajustée mais pas trop. Des collants voile noirs. Mes cavalières de 9cm en cuir, noires. C'est ce que mon propre goût considère comme une relative sobriété, en tous les cas ni plus ni moins qu'une tenue de tous les jours, sans que se soit jamais posée la question de la bienséance ou des risques qu'elle impliquait. C'est à moi de juger si je me choque, et dans la mesure où je n'ai jamais fini en GAV pour exhibitionnisme, j'estime m'en tirer correctement. Je ne portais pas de rouge à lèvres. J'avais les cheveux lâchés comme à ma bonne habitude. Tout ça ne devrait pas importer. Tout ça ne change pas la donne. Tout ça ne donne aucun droit à quiconque et tout ça n'appelle à rien.

Je suis une cible privilégiée des ouvriers dans la rue : ceux qui aiment les pencil skirts et les talons aiguille, ceux qu'un regard froid attisent étrangement, ceux qui sont assis sur des marches et te scrutent d'en bas, ou s'arrêtent de bosser pour commenter le passage comme on le ferait devant une vitrine d'objets qu'on pourrait acheter et posséder, ou au moins critiquer, dans leur pur esthétisme, toutes ces choses qui ne sont pas vivantes et qu'on ne peut pas heurter. Parce que ça se fait. Parce que des fringues dans une vitrine n'ont pas besoin de cesser leurs activités et s'arrêter puis encaisser l'avis que des inconnus ont sur leur personne. Vous ne pouvez pas flatter une vitrine, ni l'insulter, exactement de la même manière qu'une décoration publique n'a que faire de votre validation. C'est précisément pour ça que vous êtes en droit de la lui donner ou non.
C'était un de ces ouvriers-là. Cette histoire n'a rien d'exceptionnel. C'était juste un de ces ouvriers qui m'a repérée de loin, m'a sifflée de loin, puis sur tout mon passage, encouragé par un fond de ricanements, s'approchant juste un peu trop, détaillant avec juste un peu trop de précision à quel point j'étais bonne dans cette robe et le genre de trucs qu'il me ferait (si quoi ? dans quel monde ? avec l'approbation de qui ?). Voyez, une fille qui se fait siffler c'est souvent une fille qui se rend quelque part, parce qu'on marche assez peu fréquemment seules dans la rue sans but ni destination. Peur ou pas, on n'a tout simplement pas toujours l'énergie ni le temps de réagir, au bout du cinquième en un trajet, par-dessus la colère cette lassitude-là existe aussi. Et comme c'est dommage. 99 fois sur 100, je me contente d'un regard noir avant de continuer ma route. Celui-ci n'était ni mieux ni pire que les autres. Je ne sais pas ce qui m'a piquée chez lui davantage que ses prédécesseurs, peut-être sa pseudo validation d'ouvrier aux ongles rongés et infectés en baskets dégueulasses sur ma tenue (lààààà, l'élitisme, vous le voyez ?), sa très visible satisfaction devant mon absence de réponse qu'il a interprétée comme de la peur, qui doit lui tenir bien chaud à raison des dizaines de femmes par jour qui ont le malheur de croiser son chantier. Je l'ai dépassé d'un pas. D'un pas seulement. Puis je me suis arrêtée, une fois sur mille autres, sans même savoir pourquoi. Il s'était approché trop près, je me suis approchée plus encore. À quelques centimètres de son visage, ravie de la hauteur absolument humiliante que me donnaient mes talons sur lui, yeux plantés dans les siens, regard meurtrier. 

T'as exactement que ça à foutre, connard ?

Je m'entends encore cracher ces mots avec une clarté qui m'apaise. Tout comme je l'entends encore bredouiller, se faire railler pendant dix mètres par ses collègues. Il était parfaitement inoffensif et aussi parfaitement abruti : c'est ce que je lui ai rappelé ce matin-là.

*

J'attends de pouvoir recommencer pour puiser encore gratuitement dans mon océan de haine, dans l'espoir un peu trop fou peut-être qu'il se tarisse un jour.

jeudi 13 mars 2014

La fatigue

I am the saboteur and I'll let you into my world
Sometimes it's hard to live and sometimes it's hard to love me
I keep pushing you away, doing things so you won't stay with me

Wouldn't it be cool, if I could let it go
All of the things that I never seem to control

I am the saboteur and I'm fighting inside my mind
The harder I ignore it, the more it crashes down
I see how far you, push me babe, see if I fade away in time

Wouldn't it be cool, if I could let it go
All of the things that I never learn to control

Wouldn't it be cool, if I could let it go
Wouldn't it be cool, if I could let it all go

lundi 10 mars 2014

Jamais trop tard pour s'en rendre compte

Je remarque douloureusement que personne ne m'avait jamais manqué, en vingt ans, avant que ma meilleure amie parte au Texas.